ARCHIVE 1977:
Le Comité militaire du parti (CMP) est une junte militaire issue du Parti congolais du travail (PCT), alors parti-État, qui dirige la république populaire du Congo du 19 mars 1977 au 5 février 1979 à la suite de l’assassinat du président Marien Ngouabi le 18 mars 1977. À sa tête se trouve le général Jacques Joachim Yhombi-Opango, qui devient alors le quatrième président de la République.
La composition du CMP, rendue publique le 19 mars 1977 est la suivante :
Colonel Yhombi-Opango
Commandant Denis Sassou-Nguesso
Commandant Louis Sylvain-Goma
Commandant Damase Ngollo
Commandant Jean-Michel Ebaka
Commandant Martin Mbia
Commandant Pascal Bima
Capitaine François-Xavier Katali
Capitaine Nicolas Okongo
Capitaine Florent Ntsiba
Lieutenant Pierre Anga
Sept d’entre eux sont membres du Comité Central. Pour l’opinion publique, l’élément le plus remarquable, c’est la forte prépondérance des officiers issus des régions du Nord du pays (7). Les régions du Sud, les plus peuplées du pays, ne fournissent que 2 membres (Sylvain-Goma et Bima), de même que la région des Plateaux, au Centre (Ngollo et Ntsiba).
L’annonce lue par Florent Ntsiba ne précise pas les attributions de chacun des membres du CMP. Il semble que dans les premiers jours, les positions ne soient pas encore définies au sein de la junte.
Le 2 avril 1977, le commandant Sassou-Nguesso préside les obsèques du Président Ngouabi.
Le lendemain la structure du CMP est officialisée. Yhombi-Opango en est le président. De facto, il devient le Président de la République du Congo. Les deux vice-président du CMP sont Sassou-Nguesso et Sylvain-Goma.
Le 5 avril 1977, Le CMP promulgue un Acte Fondamental qui modifie la constitution et qui formalise sa prise de pouvoir.
Louis Sylvain-Goma est confirmé au poste de Premier Ministre et Dénis Sassou-Nguesso conserve le portefeuille le la Défense.
Deux points sont susceptibles d’expliquer l’accession de Yhombi-Opango à la tête du pays, en dépit de son exclusion du Comité central du PCT, 16 mois auparavant. Il est l’officier le plus gradé au sein du CMP et, dans le contexte de tensions ethniques induites par l’assassinat de Ngouabi, l’accession d’un autre des leurs à la présidence est susceptible d’apaiser la colère des membres de l’ethnie kouyous.
La brutalité du CMP et ses limites dans la gestion de l’État le rendent impopulaire. En outre, des contradictions internes se font jour dès 1978. Notamment au sujet de Kikadidi, abattu le 14 février 1978 dans un quartier de Brazzaville, alors que certains membres du CMP souhaitaient qu’il soit pris vivant.
Le premier vice-président Sassou-Nguesso, à qui est confié la coordination des activités du parti et le Ministère de la Défense, s’emploie à saper la position de Yhombi-Opango. Courant 1978, la capitaine Anga, partisan de Yhombi-Opango, publie à l’intention des membres du CMP, un document intitulé « Ce qui nous divise et les moyens de conjurer une crise dans un processus révolutionnaire ». Il y dénonce les manœuvres de Sassou-Nguesso et le rend responsable, en tant que Ministre de la Défense, des carences de la garde présidentielle de Ngouabi. Sassou-Nguesso exige et obtient sa suspension du CMP pour diffamation.
Les manœuvres souterraines de Sassou-Nguesso, allié à Thystère-Tchicaya, amènent les organisations de masse du PCT (syndicat unique, organisations des femmes et de la jeunesse) à exiger la tenue d’une session extraordinaire du Comité Central du PCT, en hibernation depuis 1977. Des tracts sont diffusés dans le pays qui dénoncent le train de vie de Yhombi-Opango et le mettent en cause dans la mort de Ngouabi.
Devant l’effervescence des populations, de plus en plus hostiles, et l’agitation des organes du parti, Yhombi-Opango est contraint de convoquer le Comité Central le 5 février 1979. Dès le premier jour de la session, la majorité du Comité Central, qui en veut à Yhombi-Opango de l’avoir mis sur la touche pendant deux ans, met fin à la mission du CMP. Le 8 février, au terme de la session, Dénis Sassou-Nguesso est désigné pour présider le comité préparatoire du congrès extraordinaire du PCT. Celui-ci entérina fin mars 1979, la prise de pouvoir de Sassou-Nguesso.