Plus de deux ans après leur arrestation dans une affaire de cyberattaque jugée infondée, plusieurs ingénieurs de la SCPT sont toujours pourchassés, emprisonnés ou en exil. Un audit technique les a pourtant totalement innocentés. L’Intersyndicale tire la sonnette d’alarme et appelle à la fin immédiate des violations des droits humains.
Innocentés mais traqués. C’est le sort que subissent plusieurs ingénieurs de la Société Congolaise des Postes et Télécommunications (SCPT), accusés à tort dans une affaire de cyberattaque nationale. Un audit officiel a pourtant blanchi les techniciens, mais les représailles, elles, continuent. Arrestations, tortures, disparitions : une chasse à l’homme qui jette une ombre sur le système judiciaire et sécuritaire congolais.
Une affaire montée de toutes pièces
L’affaire remonte à fin 2022, lorsque des accusations relayées par les services de sécurité pointaient du doigt des ingénieurs de la SCPT, prétendument impliqués dans un acte de cyberpiraterie. À l’époque, certains affirmaient même que des serveurs de la SCPT étaient hébergés au Rwanda, alimentant une suspicion nourrie par le climat de tension entre Kinshasa et Kigali.
Mais un audit technique conjoint, mené par la SCPT, les services de sécurité eux-mêmes, et des experts de la CITCC, de Huawei, ainsi que l’équipe interne d’audit, a totalement démantelé ces accusations.
Les conclusions sont sans appel :
Aucun piratage détecté via les systèmes de la SCPT ;
Aucun serveur hébergé à l’étranger ;
Aucun acte de cyberespionnage ;
Aucune preuve d’implication des ingénieurs.
Des accusations « mensongères » selon l’Intersyndicale de la SCPT, qui évoque une méconnaissance totale de l’infrastructure télécom nationale, connectée notamment via WACS à Muanda et Congo Telecom à Brazzaville.
Des ingénieurs pourchassés malgré leur innocence
Malgré cette vérité technique établie, les ingénieurs sont toujours traqués comme des criminels. Plusieurs d’entre eux vivent en clandestinité, d’autres ont fui à l’étranger, et certains seraient toujours détenus sans jugement depuis près de deux ans.
Des ONG de défense des droits humains rapportent des cas de torture, de disparitions forcées et de persécutions ciblées. « Ils sont devenus des boucs émissaires dans un dossier politisé », alerte un défenseur des droits basé à Kinshasa.
Silence complice et rapport bloqué
L’Intersyndicale accuse les services de sécurité de retenir illégalement le rapport d’audit, empêchant toute réhabilitation des personnes injustement accusées. Dans une lettre adressée à la Direction Générale de la SCPT le 28 avril dernier, elle formule des revendications claires :
Libération immédiate des ingénieurs détenus ;
Réintégration et compensation ;
Publication du rapport ;
Fin des poursuites arbitraires ;
Respect des droits fondamentaux.
Une entreprise paralysée, un climat empoisonné
La crise a profondément ébranlé le fonctionnement de la SCPT. Le personnel travaille dans la peur, les initiatives techniques sont gelées, et la réputation de l’entreprise publique est gravement entachée.
« Cette affaire dépasse la SCPT. Elle révèle une dérive sécuritaire où la vérité ne suffit plus à protéger les innocents », déclare un membre de l’Intersyndicale.
Vers une issue ?
La pression monte sur les autorités congolaises, appelées à mettre fin à la répression et à restaurer la justice. Car au-delà d’une erreur judiciaire, c’est la confiance dans les institutions publiques qui est aujourd’hui en jeu.
Le Grand Débat